La Conférence des Oiseaux, Farîd Al-Dîn Attâr – Calligraphies de Lassaâd Metoui (par Patryck Froissart) (04/04/2026)

La Conférence des Oiseaux, Farîd Al-Dîn Attâr – Calligraphies de Lassaâd Metoui - Ed. Guy Trédaniel, novembre 2020, 160 p., 24,24 €

La Conférence des Oiseaux, Farîd Al-Dîn Attâr – Calligraphies de Lassaâd Metoui (par Patryck Froissart)

 

Quel grand et beau livre que voilà ! Quelle œuvre à ne pas méconnaître ! Outre l’intérêt historique, philosophique, initiatique du texte, il fallait un Lassaâd Metoui pour illustrer, au sens premier, c’est-à-dire pour illuminer du lustre d’une calligraphie éblouissante le lustre même d’une poésie illustre, celle d’un des plus brillants poètes persans dont l’aura a traversé les siècles depuis le XIIe de l’ère chrétienne.

Après Kalila et Dimna, de Abd Allah ibn al-Muqaffa, paru chez Albouraq en juin 201, recensé récemment dans La Cause Littéraire, voici donc La Conférence des Oiseaux, autre œuvre persane de portée universelle.

Soixante oiseaux sont personnages. Chacun d’eux est sujet d’une planche, la plupart du temps aux couleurs éclatantes, placée dans le livre sur la page en regard d’un conte, d’une fable, d’une anecdote moraliste.

Certains sont nommés, d’autres ne le sont pas. Ceux qui sont identifiés par leur nom commun sont, respectivement, chacun symbole d’une qualité, d’une vertu, d’un état, d’une matière, d’un acte.

Ainsi, pour en donner quelques exemples, au hasard :

le rossignol est beauté

le perroquet est eau-de-vie, il aime la longévité, l’éternité ; il recherche l’eau d’immortalité

le paon est cœur, il représente l’espérance du paradis

la perdrix est amour, elle représente l’amour des pierres précieuses

 

Ceux-là sont les dix premiers. Ils apparaissent l’un après l’autre dans la première partie du livre. A chacun est associée une fable présupposée dispenser un enseignement.

 

Dans cette compagnie, la huppe, onzième à intervenir, tient un rôle particulier, celui de guide, de conseillère, de sage. Vingt-deux groupes d’oiseaux protagonistes s’adressent à elle tour à tour dans la partie suivante de l’ouvrage, d’abord dans le cadre d’une « concertation », prélude à un pèlerinage qui doit s’effectuer, sous sa conduite, vers le Simorgh, l’oiseau géant bien-aimé de la mythologie persane, puis tout au cours d’un pur voyage initiatique, constitué de vingt-deux paliers ayant successivement pour assise une fable plus ou moins ésotérique et pour conclusion une leçon à méditer sous la forme d’un bref échange entre un autre groupe et la huppe mentor.

 

Trois exemples, le premier au départ du voyage, les deux suivants à l’approche de l’oiseau divin :

 

« Un premier groupe d’oiseaux demanda à la huppe :

—   Pourquoi es-tu notre guide ?

 Passe ta vie dans l’obéissance et tu obtiendras un regard du véritable Salomon. »

 

« Un vingtième groupe d’oiseaux s’inquiète auprès de la huppe :

—   Que pourrons nous bien demander à l’arrivée ? Tout sera si lumineux !

—   Il est important que chacun découvre ce qu’il désire le plus. »

 

« Un vingt-et-unième groupe d’oiseaux s’inquiète auprès de la huppe :

—   Quel présent pourrons-nous bien offrir ?

—   Apportez-y un cœur brûlant d’amour ardent ! »

 

La troisième partie de ce volume complexe à multiples tiroirs détaille l’itinéraire du voyage initiatique, qui traverse sept vallées (notons la valeur symbolique intertextuelle, interculturelle, de ce nombre), depuis l’initiale, celle de la recherche d’abord aveugle (« après un temps d’errance, la recherche s’oriente et chemine patiemment vers la Vérité »), suivie d’étapes représentant autant de degrés de progressive élévation jusqu’au grade ultime, celui de la révélation, de la lumière, celui de l’anéantissement, ou extrême dénuement (« De l’ultime évanouissement, dépouillé de tout, la lumière jaillit et l’épiphanie est dévoilée pour l’âme pure et seulement pour elle »).

 

De même que dans les deux parties précédentes, de même l’accession à chacune des vallées passe par le verbe allégorique et pédagogique d’une fable plus ou moins hermétique dont le disciple (originellement soufi) doit chercher et trouver le sens.

 

Que devient l’initié qui a enfin trouvé la lumière ?

 

« Un vingt-deuxième groupe d’oiseaux s’inquiète auprès de la huppe de la route qui est longue et pénible.

 Nous avons sept vallées à passer et personne n’est revenu nous dire ce qu’il en est. »

 

D’aucuns reconnaîtront à la lecture de ces textes d’apprentissage bon nombre des éléments constitutifs du parcours initiatique qu’ils suivent pour leur part dans le cadre de leur cheminement spirituel.

 

Quoi qu’il en soit, il est fortement conseillé de s’inviter à cette conférence des oiseaux.

 

 

Patryck Froissart

Plateau Caillou, jeudi 12 mars 2026

 

 

 

Le poète

Farîd-ud-Dîn 'Attâr (1147-1221) est, avec Rûmî qu'il inspira profondément, le plus grand maître mystique de langue persane. Si son Langage des oiseaux, allégorie de la quête de l'âme, est son œuvre la plus connue en Occident, il est également l'auteur d'une immense œuvre lyrique.

 

 

L’illustrateur

Lassaâd Metoui, né le 28 janvier 1963 à Gabès, est un artiste tunisien spécialisé dans la calligraphie de la langue arabe.



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A propos du rédacteur

Patryck Froissart

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur à La Réunion et à Maurice, et d’effectuer des missions de direction et de formation au Cameroun, en Oman, en Mauritanie, au Rwanda, en Côte d’Ivoire.

Membre permanent des jurys des concours nationaux de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France)

Membre de l’AREAW (Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie)

Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres)

Membre de la SPF (Société des Poètes Français)

Il a publié :

- Le dromadaire et la salangane, recueil de tankas (Ed. Franco-canadiennes du tanka francophone)

- Li Ann ou Le Tropique des Chimères, roman (Editions Maurice Nadeau)

- L’Arnitoile, poésie (Sinope Editions)

- Contredanses macabres, poésie (Editions Constellations)

- Pulsations perverses, conte poétique (Editions Constellations)

09:42 Écrit par Patryck Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |