03/01/2026
Gustave Flaubert, écrivain, Maurice Nadeau (par Patryck Froissart)
Gustave Flaubert, écrivain, Maurice Nadeau Editions Maurice Nadeau (Poche) – 12 septembre 2025. 396 pages. 12,90€
Edition: Editions Maurice Nadeau

Réédition en Poche « d'un essai qui a reçu, lors de sa parution en 1969, le Grand prix de la critique littéraire et qui a fait l'objet de nombreuses traductions ».
Pour la dernière version, revue, corrigée et publiée en 1990, Maurice Nadeau « a tenu compte des travaux critiques qui, ces dernières années, ont été suscités par la sortie du purgatoire d'un de nos plus grands romanciers. Ils confirment la place que la critique fait à Flaubert, non seulement en tant qu'initiateur du roman moderne, mais comme "écrivain exemplaire" ».
Ces lignes, extraites de la présentation de cet ouvrage monumental par les Editions Nadeau, en déterminent la ligne directrice.
En dépit de cette affirmation exprimée en préface avec modestie par le critique : « Je ne suis pas davantage doué pour le travail d’érudition ou, à l’autre pôle, la biographie romancée », le texte est bien d’un érudit, et le lecteur se prend dans la trame de la biographie comme dans les rets et le cours d’un roman.
Et Maurice Nadeau de préciser les limites de son travail, sachant que toute lecture est forcément personnelle, et que chaque lecteur se fera de Flaubert sa propre représentation et de son œuvre sa propre critique.
« C’est le lecteur qui ici fait la loi, non l’auteur […] D’où l’envie bien naturelle, mais vaine, de chercher à savoir qui était véritablement Flaubert, de vouloir caractériser sa nature, son tempérament, sa conduite afin de définir « sa personnalité ».
L’envie est d’autant plus vaine que le caractère de Flaubert est constitué (comme, somme toute, communément, celui de chacun de nous) de multiples facettes, complémentaires, ou…contradictoires.
La biographie se veut donc neutre, exempte de parti-pris, d’a priori, et de tout jugement. Sont ainsi mis à jour, pour chaque œuvre tour à tour, étape par étape, le dessein, la genèse, les douleurs, lenteurs, difficultés, aléas de la gestation puis de l’enfantement, les réactions des amis, des pairs, du public, en une construction minutieusement élaborée de quoi émergent, qu’on le veuille ou non, différant probablement d’un lecteur à l’autre, la personne, le personnage d’un Flaubert restitué, resitué dans le cadre familial, dans le réseau de ses relations pérennes ou occasionnelles, dans les mouvances de sa sexualité, dans le fil complexe de ses amours, dans la maladie, dans ses lectures, dans la réalité crue de ses problèmes financiers, dans son rapport au pouvoir en particulier et à la politique en général, dans les péripéties et les objectifs de ses voyages, et surtout le caractère d’un Flaubert écrivant, tourmenté tantôt par le doute récurrent de la pertinence de son art et de la réalité de son talent tantôt par la conviction intermittente de son destin d’écrivain connu et reconnu.
Quant à l’œuvre, d’évidence lue et relue, qui se révèle en conséquence abondamment, profondément fouillée, analysée, elle prend, sous la plume du plus grand critique littéraire du vingtième siècle, tout son sens, ou plutôt tous ses, multiples, sens. Chacun des romans est observé sous les angles de sa genèse, de son dessein, de ses sources, des difficultés avouées, voire de la souffrance que provoque chez Flaubert sa composition/décomposition/recomposition quasiment sans fin, des réflexions de l’écrivain sur le style, sur la relation entre la forme et le fond, des découragements de l’auteur, des abandons provisoires, des reprises, de la réécriture, des rééditions, des appréciations négatives, en cours d’élaboration, émises par l’entourage, par les ami-e-s, et, après publication, par les pontes contemporains de la critique et de la littérature, par les autorités jusqu’à la censure et les poursuites judiciaires, et en contrepartie, beaucoup plus rares, des appréciations élogieuses, en particulier des Victor Hugo, Théophile Gautier, Baudelaire…
« Les contemporains de Flaubert, aux oreilles assourdies par les roulades romantiques, n’étaient pas préparées à entendre ce chant subtil et, dans cette sorte de Don Quichotte femelle qu’est Emma, ils préféraient voir une gourgandine ».
Pour mener à bien cette très riche étude, Nadeau a dû compulser, étudier, décortiquer, comparer, réunir, recomposer une énorme somme documentaire, à savoir, outre l’œuvre elle-même, d’une part l’impressionnante correspondance qu’a entretenue Flaubert avec Louise Colet, George Sand, Maxime Du Camp, la princesse Mathilde, les frères Goncourt, Maupassant, Zola et bien d'autres (environ trois cent correspondants plus ou moins réguliers), d’autre part les nombreux articles de presse, les jugements et condamnations, et les écrits critiques concernant chacune de ses œuvres, pour les approuver, les conforter, les corroborer, ou les infirmer, les battre en brèche, s’y opposer ou démontrer leur inconvenance, leur caractère inapproprié, dénoncer la mauvaise foi, l’hostilité, le parti pris fielleux de dépréciations émises par les représentants de la bien-pensance bourgeoise.
« Cette création, nous en connaissons l’histoire presque jour par jour, par les lettres à Louise Colet. Elle fut longue et difficile pour des raisons qui tenaient moins au sujet lui-même qu’à ce que Flaubert voulait en faire ».
Personne, personnage, personnalité ?
On peut lire toute l’œuvre de Flaubert sans rien savoir de l’auteur, qui lui-même a écrit :
« Quand on lira Salammbô, on ne pensera pas, j’espère, à l’auteur ».
et qui aurait dit par ailleurs : « Madame Bovary, c’est moi ! ».
Se dégagera de la lecture une « idée » de la personnalité de l’écrivain, plus ou moins consciente, plus ou moins floue, plus ou moins « vraie ».
On peut approuver ou contester que la lecture d’un exposé tel que celui de Nadeau est utile, voire nécessaire à la compréhension de Madame Bovary, de Salammbô, de L’éducation sentimentale, de la Tentation de Saint-Antoine, de Bouvard et Pécuchet, des Trois Contes… La controverse existe.
On peut associer et dissocier les deux lectures, Flaubert devenant de toute façon chez Nadeau un « personnage » passionnant dont la « personnalité » complétera ou non l’image de l’auteur qui émergera de l’œuvre.
On peut tout et n’importe quoi.
Mais on ne peut pas ne pas être intéressé, si on l’est un tant soit peu par l’histoire générale de la création littéraire, par cet ouvrage de Maurice Nadeau.
Patryck Froissart
Plateau Caillou, jeudi 23 octobre 2025
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L’auteur :
Maurice Nadeau, auteur d’une classique Histoire du Surréalisme et du Roman français depuis la guerre, a publié les Œuvres complètes de Flaubert (18 volumes. Éditions Rencontre, Lausanne). Il a dirigé de 1966 à 2013 la Quinzaine littéraire. Il a fondé également les éditions qui portent son nom.
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Le rire de Sade, Essai de sadothérapie joyeuse, Marie-Paule Farina (par Patryck Froissart)
Le rire de Sade, Essai de sadothérapie joyeuse, Marie-Paule Farina, L’Harmattan 9 avril 2019, 260 pages, 27 euros
Ecrivain(s): Marie-Paule Farina Edition: L'Harmattan

« Le rire de Sade ».
Que voilà un titre déroutant, dérangeant ! Volontairement provocateur ?
Associer au rire ce personnage vilipendé, voué depuis plus de deux siècles aux gémonies, accusé (à juste titre ou non, preuves à l’appui ou non, on s’en fiche) de délits sexuels mineurs, ce romancier maudit, interdit, emprisonné, interné, dont les porte-étendards de morale se sont acharnés à pilonner et brûler les écrits, ce marquis présenté comme la personnification extrême du mal, du vice, comme un individu tellement abominable qu’un terme désignant la pire monstruosité humaine a été forgé à partir de son nom… est-ce seulement imaginable ?
« L’irrésistible gaieté avec laquelle Sade raconte des « horreurs », qui en parle ? Qui en rit ? »
Le rire de Sade ? On peut encore s’interroger avant d’ouvrir le livre. On a envie de tordre la syntaxe, de lire en ce titre quelque chose comme « rire de Sade » voire « se rire de Sade ». Mais cette interprétation mettant en action autrice et lecteur/lectrice ne correspond guère, à la réflexion, à l’opinion largement partagée, relayée de génération en génération de critiques : on ne rit pas de Sade, on le censure, on l’anathémise, on le maudit, on le couvre d’opprobre, on le vêt d’ordure, on s’acharne à le jeter aux oubliettes de la littérature. Certes, par-ci, par-là, a contrario, un critique, un exégète, le « réhabilite », met en évidence un immense talent d’écrivain (Philippe Sollers, Annie Le Brun…), ou rappelle son engagement, son activisme, son radicalisme historiquement prouvés, dans les événements révolutionnaires, et en fait la raison, donc primordialement politique, de ses internements : Maurice Nadeau : Sade, l’insurrection permanente (Editions Maurice Nadeau – Les Lettres Nouvelles – février 2025).
Alors on fait l’impasse sur le titre, on entre dans le texte, et on comprend vite que Marie-Paule Farina dresse une représentation de Sade totalement nouvelle, originale, littéralement… révolutionnaire : il s’agit bien d’un Sade qui rit, d’un rire qu’il veut communicatif, comme le dit volontiers Flaubert qui conseille à ses amis de lire Sade jusqu’à la dernière page du dernier volume et de l’emporter en vacances pour s’instruire et s’amuser.
Et l’autrice ne s’en tient pas à ce coup d’éclat. S’exprimant à la première personne, prenant pour exemple sa propre expérience de lectrice, elle bouscule un autre préconçu : n’en déplaise à ceux et celles qui tiennent Sade pour un exécrable misogyne, elle affirme qu’il n’en est rien, que toute femme peut trouver plaisir à la lecture de l’œuvre sadienne, et va jusqu’à suggérer que Donatien destine à la femme certains de ses textes.
En épitaphe à La philosophie dans le boudoir :
« La mère en prescrira la lecture à sa fille »
Le chapitre premier s’intitule donc, incitatif, paraphrasant un titre de Sade lui-même (Français, encore un effort pour devenir républicains !)
« Femmes, encore un effort pour devenir sadiennes »
« Peut-être Sade ne réussira-t-il pas à nous communiquer son style, mais comment pourrions-nous résister à sa gaieté ? Comment pourrions-nous ne pas admirer le courage et la gentillesse d’un homme qui, après avoir découvert tant à Vincennes qu’à la Bastille ou à Charenton […] tous les types d’angoisse et d’inquiétude et toutes les distractions lui permettant d’échapper aux « farces » de ses bourreaux, écrit […] comme il le dit lui-même pour ses petits-neveux (que nous sommes) des histoires d’ogres et d’anthropophages, des histoires… peut-être capables, enfin, de faire s’asseoir les « méchants » pour lire et « jaser » un moment mais, à coup sûr, capables de nous faire rire de nous-mêmes, nous les « gentils », les « naïfs », les « sensibles » , et, pour tout dire, nous les « gentilles », les « naïves », les « sensibles » ? Car, doit-on le dire, Sade écrit d’abord et avant tout pour les femmes, pour les lectrices de romans, pour tous ceux ou plutôt toutes celles, éprises de « pathétique », d’«héroïque », de romanesque… »
Marie-Paule Farina va plus loin avec son sous-titre : Essai de sadothérapie joyeuse.
« Puis-je conseiller à tous, sans discrimination liée au sexe, un traitement que je nommerai la « sadothérapie ? »
« La « sadothérapie », un bain de jouvence pour les femmes… »
« Cure du corps et de l’esprit, aux effet secondaires inexistants, quel que soit le nombre de pages que l’on dévore quotidiennement, la sadothérapie fonctionne pour les amateurs de lectures philosophiques, pour les amateurs de romans érotiques, mais aussi pour ceux qu’aucun des deux genres n’attire, parce que ses dosages très particuliers provoquent une compulsion, aussi irrésistible que diabolique, mais reconnue, par les experts de tous les temps, comme bénéfiques pour la santé : le rire ».
N’est-ce pas délicieusement malicieux ?
Oui, il fallait oser. Qui n’a pas lu l’ouvrage pourra « rire » de la thèse. Mais, contre toute attente, lecture faite, elle se tient, n’est certainement pas une plaisanterie, un vaste calembour comme les aime Sade, même et surtout lorsque l’autrice précise :
« Nous ne sommes pas, quant à nous, obligés d’aimer tous les romans philosophiques ou tous les romans érotiques ou obscènes ou comiques pour aimer Sade. Personnellement, en tant que genre, je n’en choisirai aucun […]. Les romans érotiques m’ennuient, les romans philosophiques aussi, et pourtant j’aime Sade et je l’aime […] parce qu’il me traite comme quelqu’un d’intelligent, d’ouvert, de tolérant et que, pour une raison que j’ignore, quand je lis Justine ou Juliette j’ai l’impression de le devenir ».
Le deuxième chapitre porte un titre sans équivoque : « Apologie de Sade ».
En alternant et en mêlant avec une remarquable érudition éléments biographiques et bibliographiques, en multipliant, en illustration du parti pris de son exégèse, les extraits sadiens, l’autrice convainc : Sade, « obscène, burlesque, grotesque, comique » poursuit à sa manière son œuvre de révolutionnaire radical dénonçant « les abus d’une civilisation occidentale qui a l’enflure de la grenouille et veut subjuguer l’univers entier » en « utilisant le bas comique » pour des mises en scènes pouvant évoquer, selon elle, le gargantuesque rabelaisien.
Nouvelle lecture de Sade constituant une originale facette d’une œuvre dont on n’a certainement pas fini d’en découvrir d’autres, multiples, diverses, sans que jamais le champ en soit épuisé.
Patryck Froissart
Plateau Caillou, Réunion, lundi 21 juillet 2025
L’autrice :
La philosophe Marie-Paule FARINA ausculte les écrits de Sade depuis les années 1980. À ce titre, elle a publié en 2012, Comprendre Sade (éditions Max Milo) et, en 2016, Sade et ses femmes. Correspondance et journal (Éditions François Bourin). Elle a participé au film de Marlies Demeulandre, Sade, monstre des lumières, diffusé par LCI le 13 décembre 2014 dans le cadre de la grande exposition homonyme.
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Bawab – Un héros de trop, François Momal (par Patryck Froissart)
Bawab – Un héros de trop, François Momal, Editeur Erick Bonnier 2025) 180 pages, 16 euros

Revoilà le bawab de qui on a partagé les petites misères, les bonheurs simples, les réflexions philosophiques de bon sens dans un précédent roman de François Momal intitulé « Le banc de la victoire », paru en 2020 chez Maurice Nadeau, et recensé dans notre magazine en janvier 2021 avec cet exergue :
Ce plaisant roman de société qui fait irrésistiblement penser à celui d’Alaa El-Aswany, L’Immeuble Yacoubian, a pour décor, lui aussi, un immeuble de cette ville du Caire, vivante, grouillante, turbulente, où se côtoient luxe affiché et misère visible, où s’exprime l’exubérance du paraître et où se refoulent les frustrations du mal-être, où fonctionne à l’époque du récit un réseau occulte mais efficace d’espions à la solde du pouvoir. Le personnage central, Tarek, est un bawab, c’est-à-dire un de ces gardiens d’immeuble devant qui et par l’intermédiaire de qui on ne peut éviter de passer lorsqu’on rend visite à des relations dans les grandes villes d’Afrique du Nord.
« Pour tous Tarek était le référent, le point fixe de l’immeuble autour duquel tout s’articule ».
Tarek, comme tous ses collègues, a en l’occurrence un statut social bien établi, dont il est fier, et dont il ne manque jamais d’étaler emphatiquement l’importance devant son épouse et ses enfants restés au village lointain, à chacune des visites fort espacées qu’il a l’occasion de leur rendre. C’est que l’immeuble de Tarek, qu’il appelle SON immeuble, le 4 Share el Nil, n’est pas un bâtiment de bas étage, mais une belle résidence bourgeoise sise sur la rive du grand fleuve…
Notre bawab, Tarek Aldarawi, passe donc toujours ses journées sur le même banc, devant l’entrée du même immeuble où se passent des choses pas toujours très… catholiques.
Pauvre bawab ! On devine que tu aimerais parfois être sourd, muet et aveugle…
Le gardien, statutairement, possède un double des clés de chaque appartement, ce qui peut être utile si un résident perd les siennes, mais qui constitue surtout un sésame indispensable pour Tarek, toujours chargé par le commissaire d’arrondissement Youssef Charif, dont la pleutrerie prend ici forte envergure, de rapporter systématiquement les faits, gestes, paroles, fréquentations, allées et venues des membres de cette société microcosmique.
Pauvre bawab ! Contraint aux basses courbettes devant le petit chef !
Sur ordre du fonctionnaire de police qui le traite comme un méprisable subordonné, le bawab fait ainsi usage du précieux trousseau, qu’il cèle ordinairement bien caché dans sa chambre de fonction, pour inspecter consciencieusement chaque appartement en l’absence de ses occupants, afin d’y récolter tout élément, tout indice, toute conjecture de nature à permettre au commissaire de compléter ses dossiers.
Pauvre bawab ! On te plaint d’être contraint à jouer l’espion malgré que tu en aies.
On retrouve parmi les résidents Matta Kassam, un héros national de la guerre du Kippour. A l’occasion d’une de ses discrètes intrusions, Tarek tombe sur une scène qu’il eût préféré n’avoir jamais découverte, et dont il s’empresse de faire part au commissaire, à partir de quoi les péripéties s’enchaînent, la tension monte, le fonctionnaire de police perd de son arrogance vis-à-vis de son humble espion, et se retrouve à son tour à trembler, à suer, à manifester la plus abjecte obséquiosité quand il est appelé à comparaître devant ses propres supérieurs.
Pauvre bawab ! Misérable acteur tout au bas de l’échelle d’un système policier !
« Tarek n’eut plus du tout ni le courage ni l’envie de porter la tasse de café à ses lèvres. Il était immobile sur sa chaise, tétanisé par le policier, se demandant quand viendrait s’abattre sur lui le dernier coup de patte fatal ».
Ce n’est pas tout. L’auteur intrigue en faisant état, sans en révéler la nature, de l’activité secrète du professeur de gymnastique italo-syrien Lorenzo, qui s’est réinstallé en Egypte après un bref séjour à Jérusalem. Dénouement inattendu, malgré quelques indices suspects semés ça et là par le romancier.
« Lorenzo Casarotti, ce lundi soir, repéra rapidement la petite enveloppe au fond de la poubelle du vestiaire des hommes ».
En parallèle, notre bawab rêve érotiquement aux charmes opulents et provoquants d’une autre habitante, madame Khattab. Qu’en adviendra-t-il ? Surprise assurée.
Pauvre bawab ! La chair a ses exigences… On te comprend.
L’auteur entretient de la sorte un suspense propre à captiver le lecteur, en entrelaçant chacune de ces intrigues, et en les entrecoupant de séjours du bawab sur le banc où son ami Younès, bawab d’un immeuble voisin, le rejoint régulièrement. Le banc reste ainsi, comme dans le premier roman de Momal, un élément primordial de l’espace narratif, poste de guet du bawab et siège régulier de ses intimes réflexions et de partages réguliers avec son collègue Younès, à la fois commensal, confident et conseilleur à la demande.
Pauvre bawab ! On sympathise. On ne t’oubliera pas.
Patryck Froissart
Plateau Caillou, jeudi 24 juillet 2025
L’auteur :
Ecrivain français né en 1960, ingénieur de formation (et consultant dans le civil), François Momal a publié en 2014 un premier roman, Austin TX, Central Time (Ed. Unicité). Il est l’auteur de plusieurs textes et nouvelles parus dans la Revue littéraire en ligne, L’Inventoire, dans la Revue Rue Saint Ambroise, et dans la Gazette de la Lucarne (gazette de la librairie La Lucarne des Écrivains rue de l’Ourcq 75019).
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Nous serons tempête, Jesmyn Ward (par Patryck Froissart)
Nous serons tempête, Jesmyn Ward, Traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Belfond (21 août 2025), 240 pages, 22 euros
Edition: Belfond

Les romans mettant en scènes esclaves africains et maîtres blancs dans les grandes plantations coloniales sont innombrables. Celui-ci tranche, rompt avec la tonalité générale des aventures romanesques du genre.
Annis, esclave dite « de maison », donc membre de la domesticité affectée aux travaux quotidiens de cuisine, d’entretien, de service, est la fille naturelle du maître et fruit du viol répété de sa mère elle-même esclave. Cette filiation ne lui confère aucun statut particulier. Elle fait partie des meubles, comme ses consœurs, comme sa mère qui n’a jamais été considérée par le maître autrement que comme pièce de valetaille tout juste bonne à servir ponctuellement d’objet sexuel et à exécuter sans relâche les tâches épuisantes qui lui sont dévolues.
« Ma mère m’a raconté le jour où mon maître l’a violentée. Comment il s’est planté devant elle, seule dans un des couloirs de l’étage, à la porte d’une pièce vide. Comment il l’a poussée dans cette pièce et l’a forcée à s’allonger sur le plancher ».
Annis apprend de sa mère l’histoire de sa grand-mère, Mama Aza, une des épouses d’un grand roi africain qui l’a vendue aux trafiquants d’esclaves.
« Tu es la petite-fille d’une guerrière. Elle était mariée au roi des Fons, c’est son père qui l’avait offerte […]. Le roi avait des centaines d’épouses guerrières. […]
Mama Aza aimait un soldat qui montait la garde à l’extérieur des murs du château et il est devenu son amant. Le roi les a envoyés tous les deux sur la côte, vers les Blancs et l’eau qui n’a pas de fin… »
Mama Aza, par tout ce qu’Annis en entend dire par sa mère, simplement nommée « Maman » dans le roman est la source originelle, est la terre d’Afrique et son âme et ses mânes, transportés, déportés mais vivaces, mais vivants dans l’enfer esclavagiste.
L’esprit de Mama Aza, pourvu du pouvoir de faire tomber la pluie, de lever vents, tempêtes et orages (d’où le titre annonçant le jour de la révolte), avivé, entretenu, nourri par les récits qu’en déroule indéfiniment Maman, le soir, dans le secret du bois proche de la plantation, est ainsi rendu tangiblement réel, omniprésent, ne quittant plus Annis, sorte d’ange tutélaire qu’elle appelle en ses moments de solitude, de détresse, avec qui elle dialogue, qui la guide, l’aide, la soutient et lui prodigue conseils, recommandations, interdictions, ordres voire menaces, chacune se plaignant épisodiquement de n’être pas suffisamment solidaire de l’autre.
« Je suis revenue à l’endroit de ma naissance pour souffler sur l’Eau, mais elle est restée muette. […] Nous, les esprits du vent […] on est bruyants. On se regroupe dans notre lieu de naissance et nos éclairs blanchissent le monde. Notre musique : le tonnerre. On danse… »
Le rôle théâtral, dans le schéma narratif, de ce personnage évanescent devient capital quand le maître, qui commence à s’intéresser dangereusement à la beauté métisse, virginale d’Annis, vend Maman puis, ayant découvert la relation saphique que noue la jeune fille avec Safi, une esclave de son âge, les vend toutes les deux à un ignoble marchand qui les emmène à La Nouvelle-Orléans enchaînées dans une longue colonne d’hommes et femmes à revendre qu’on fait avancer à coups de fouet.
Mama Aza accompagne sa petite-fille tout au long de cette marche interminable et infernale comportant son lot de périls naturels, de drames et de sévices, tout au cours de ce périple qui constitue la majeure partie du volume, et peut-être la plus poignante pour le lecteur, la suite, en la Nouvelle-Orléans, de la vie d’Annis n’étant certes guère plus heureuse. Mama Aza est là, qui symbolise la résistance, la rébellion, la résilience.
« Qu’est-ce que tu veux, Aza ?
_Que tu coures, répond Aza. Que tu coures dans la tempête. »
L’autrice a su, en intercalant dans le flux de l’action ces conversations empreintes, dans le discours de Mama Aza, de la poésie des traditions orales et du caractère fantastique des représentations africaines du cosmos et du divin, créer par intervalles des pauses bienvenues qui suspendent sporadiquement le cours tragique, haletant des événements narratifs.
« C’est quoi, l’Eau ?
_ Pour commencer à connaître l’Eau, dit Aza, tu devras mieux comprendre cet esprit. Et tu devras mieux comprendre le temps, l’univers. […] L’univers n’est pas une ligne droite, un sentier étroit. L’univers est une énigme ».
Le lecteur humaniste, ou tout bonnement humain, bien qu’il soit censé connaître et condamner l’horrible réalité historique de la traite négrière, de l’immonde commerce triangulaire et des conditions ignominieuses de l’esclavage de plantation, ne peut manquer d’être bouleversé, choqué, révolté par le récit d’Annis qui lui renvoie en plein cœur la tragédie subie par ses millions de congénères en une abjecte litanie de déracinements, de déchirements, d’avilissements, de déshumanisations, de travaux forcés, de souffrances physiques, d’humiliations, de privations, de révoltes suivies d’abominables châtiments.
L’empathie est d’autant plus immédiate que l’héroïne narratrice se raconte à la première personne, ce qui force le prompt établissement d’une inéluctable proximité et d’une assimilation essentielle entre le personnage et le lecteur, le JE d’Annis se confondant graduellement avec celui de ce dernier.
C’est puissant, un point c’est tout.
Patryck Froissart
Plateau Caillou (Réunion)
Samedi 2 août 2025
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Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l'État du Mississippi. Issue d'une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c'est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu'elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award. Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s'est vu récompensé du MacArthur Genius Grant. Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l'année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award.
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Une année chez les Français, Fouad Laroui (par Patryck Froissart)
Une année chez les Français, Fouad Laroui, Pocket (août 2011), 288 pages, 7,40 €
Edition: Pocket

Edité initialement chez Julliard en 2010, ce roman de Fouad Laroui, évocation romancée et romanesque de sa scolarisation dans des établissements français du Maroc, a été accueilli à sa sortie comme se situant entre Le Petit Nicolas et Le Petit Chose.
L’action commence en 1969 lorsque le jeune berbère Mehdi, ayant obtenu grâce aux démarches insistantes et dûment motivées du directeur français de l’école locale, une bourse de l’Etat français, quitte Beni Mellal (Maroc) pour l’internat du prestigieux Lycée Lyautey, un des joyaux du réseau de l’enseignement français à l’étranger.
L’auteur a judicieusement et talentueusement fait le choix de la narration à focalisation interne. Ainsi le lecteur, tout comme l’auteur durant le temps de l’écriture, retrouvant l’innocence et la naïveté de sa propre enfance
- perçoit par les yeux ébahis de Mehdi cet environnement que le personnage ressent comme énigmatique et déconcertant puisqu’il lui est totalement étranger par ses règles, par son architecture, par les codes de sens mystérieux régissant les divers lieux et moments de la vie collective, par la manière dont se comportent les adultes et les condisciples
- entend par les oreilles grand ouvertes de l’enfant le langage, pour lui nouveau, inouï, dans lequel s’expriment pions, enseignants, personnels divers, camarades de classe et de dortoir, un niveau de langue familier, parfois argotique, parfois grossier, parfois aussi volontairement exagérément châtié, dont il a du mal à saisir les nuances, souvent loin du français « normé » auquel il a été habitué dans son milieu d’origine, auquel aussi il se confronte dans le cours ininterrompu des lectures d’œuvres classiques dont il se nourrit insatiablement
- découvre par le palais dépaysé et par les narines perturbées de Mehdi le fumet singulier, la texture et la saveur indéfinissables, absolument surprenantes de la nourriture de l’internat, en premier temps celles du hachis parmentier, plat de référence de la cantine, et les arômes et effluves d’autres mets de la cuisine des cambuses scolaires françaises qui lui sont totalement exotiques : « Mehdi plongea sa cuiller dans la boule jaune et goûta avec précaution ».
- pâtit, en vive empathie avec Mehdi, d’humiliations de circonstance (l’affaire du pyjama rose), de crises passagères d’angoisse et de découragement, et de pénibles séquences de difficultés de compréhension et de communication qui l’amènent à se demander à plusieurs reprises : « Qu’est-ce que je fais ici ? »
- prise la bonté et la générosité des parents français d’un des condisciples de Mehdi qui proposent de le prendre en charge le samedi et le dimanche et le traitent alors comme leur propre fils
Fouad Laroui a su mettre en évidence, sans se soucier de quelques anachronismes (en 1969 les écoles primaires au Maroc n’étaient plus dirigées par des personnels français), certes en grossissant parfois le trait lors de la reprise amusante des clichés (la farce des dindons), en usant quelque peu, toujours avec un humour bon enfant, de la caricature, en faisant fi de certaines invraisemblances, les clivages culturels, les difficultés potentielles d’intégration sociale, mais aussi en contrepartie les formidables capacités d’adaptation dont peuvent faire montre des enfants coupés de leurs racines, de leur famille, des coutumes et traditions de leur communauté natale.
Allons, recouvrer le temps d’une lecture nos yeux et notre âme d’enfant ne peut nous être que salutaire…
Patryck Froissart
Plateau Caillou, dimanche 17 août 2025
Fouad Laroui est un économiste et écrivain marocain, né à Oujda en 1958.
Après des études au Lycée Lyautey à Casablanca, il passe par l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées en France, dont il sort ingénieur. Après avoir travaillé dans une usine de phosphates à Khouribga (Maroc), il retourne en France et obtient un doctorat en sciences économiques. Il part pour le Royaume-Uni, où il passe quelques années à Cambridge et à York et part vivre à Amsterdam où il enseigne l'économétrie puis les sciences de l'environnement à l'Université. Parallèlement, il se consacre à l'écriture.
Auteur prolifique, en mai 2013 il reçoit le prix Goncourt de la nouvelle pour L’Étrange Affaire du pantalon de Dassoukine. En octobre 2014, il reçoit le grand prix Jean-Giono pour Les Tribulations du dernier Sijilmassi…
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Nu & continu, Textes et illustrations : Christoph Bruneel & José Vandenbrouke (par Patryck Froissart)
Nu & continu, Textes et illustrations : Christoph Bruneel & José Vandenbrouke Editions de l’Âne qui butine - 1er juillet 2025, 166 pages, 22 Euros

Après Pubers, pietenpakkers, Pubères, putains de Jean-Pierre Verheggen, Quand le merle blanc d’Anne Letoré, Quemhrf en manège de Christoph Bruneel, Moby Dark de Jacques Cauda, ouvrages hors normes édités chez L’Âne qui butine, recensés dans La Cause Littéraire, voici NU&continu (sic), de Christoph Bruneel et José Vandenbroucke publié chez le même éditeur butineur aux grandes oreilles.
Sont-ce braiements d’ongulés que les auteurs déclinent poétiquement et prolifiquement sur plus de cent trente pages ?
On peut l’admettre, sous condition de vouloir bien reconnaître que les ânes ne sont pas des ânes, mais des êtres doués de la remarquable faculté de percevoir avec acuité, tout en butinant le pissenlit dans leurs pâtures, la folle sarabande des paysages et le délirant tournicotis de l’agitation humaine.
Alors les prétendus brayeux sont reconnus comme talentueux aèdes, certes souvent tonitruants, mais capables d’exprimer avec toute la puissance de leurs hi-hans l’intime et indéfectible relation qui unit l’homme NU (sic) à la nature, qui lie l’homme animal social en contiNU (re sic) à la cité, qui l’inscrit crûment dans l’apparente banalité du quotidien, qui le ramène à sa condition et qui le définit dans son rapport intime avec autrui et avec soi.
Le poète ici est incontinent. Il ne se force pas à produire, à composer selon quelque norme, selon des règles quelconques de prosodie, selon même la définition admise de la poésie dite libre, c’est son verbe qui flue, qui déborde, en une folle et jouissive logorrhée, en toute autonomie, en totale liberté, en absolue fantaisie. Le poète laisse couler, se soulage, en une miction impétueuse, moussante, éclaboussante comme la drache de l’âne qui pisse. On est bien dans la poésie gaiement délirante du saut de l’âne, on passe de l’âne au coq, chaque mot en appelle un autre, de chaque image en naît immédiatement une autre, par connotation de hasard, par interconnexion phonique, par l’évocation, la suggestion, le calembour, ou par…rien. On va de l’avant, on retourne en arrière, on prend le chemin qui vient sans se soucier de prévoir où il mène, on erre, et on se laisse emporter dans un vagabondage poétique plaisamment chaotique, drôlement cahotique, ponctué de multiples sauteries.
[et les mots m’emportent vers leur folie paralysée
réfléchissons-nous conjuguons-nous sans faute
commençons la revalidation infernale
le tralala-rouge des mots posés
soyons le chambellan chambardant la chamelle chambrée
à la page nonante autrement dit soixante-dix
avec son préfixe prostré, en vue de prostituer ma poésie]
Pour dire les choses de manière plus « académique », ce jet contiNU (sic) pourrait parfois passer pour une expérience d’écriture automatique. Ce n’est pas aussi simple.
Dans le cours d’une lecture aussi débridée qu’elle soit (car un tel texte se doit d’être parcouru au trot, au galop, à bride abattue), sans qu’on ait besoin de se livrer consciemment à une analyse du discours, les synapses s’activent : des relations intratextuelles surgissent, des récurrences significatives apparaissent, des thèmes obsédants émergent, romantiques, bucoliques, idéologiques, historiques, mystiques, cosmologiques, linguistiques, psychanalytiques…
[je suis celui qui confond
son Soi avec son Autre]
… surviennent en un désarçonnant bric-à-brac des références à des éléments culturels divers, volontairement hétéroclites, dans le domaine de la musique, de la chanson, de la littérature, de l’actualité socio-politique, du bilinguisme belge dont on retrouve l’illustration en maints mélanges de français et de flamand, du multilinguisme avec des intrusions de néerlandais, d’anglais, d’italien…et des réflexions métalinguistiques sur l’arcane de la création poétique…
[l’autre ‘Autre’
trouvère de la con-ti-NU-a-tion
n’a pas dit son dernier mot
un poème sans fin lui sied bien
il fait mouche à chaque fois
aucun style d’écriture
aucun amphigouri ou babélisme
ne lui échappent
ne lui résistent
dans son conservatoire
et pourtant
le silence]
… se nouent des affirmations répétées d’attachement, sans chauvinisme au demeurant, au terroir, au village, à la cité, à ce petit coin de vie où l’âne butine à la frontière belgo-française… et l’incohérence paradoxalement s’organise.
[être nu comme un Flamand dragonesque
chantons cet hymne sans parti ni patrie
près de chez nous près de la gare
sous le pont à Mouscron]
… des allusions récidivistes à leur complice en écriture littéraire déjantée, le poète éditeur Jacques Cauda, à qui est dédiée, par son titre, la dernière grande partie de l’ouvrage :
Coda (-DA)
Lequel Cauda, sans nul doute, ne désavouera pas l’écoulement exubérant de cette prose poétique d’une vingtaine de pages, vertigineuse dès les premières lignes :
[contrer tout intrus et imposteur afin d’avancer dans une fin d’histoire sans Sainte Immaculée Conception ni coronanana où la NUe Sainte Druuna, maîtresse stripteaseuse, fée du néant & gamahucheuse du bienséant, se laisse cabrioler à sa demande et de plein gré par les harengs de Pasiphaé…]
On voudrait pouvoir citer tout le livre.
Allons, une dernière lichette, pour le plaisir :
[j’ai regardé les feux d’artifice au bord du fleuve à Warcoing
war is over
art ne rat
art intro guerre exit
le roi Dagobert enfin dans son fritkot
pour servir des half & half
mais je n’ai plus faim
je n’ai plus soif
s’il te plaît
plus de couques de Saint-Nicolas]
Au terme de cent-vingt pages de divagation d’un lyrisme frénétique, on a droit au texte original, en flamand, d’un poème de Guido Gezelle (1830-1899) : Het Schrijverke, dont une traduction par Bruneel figure au sein du livre, et une présentation des deux auteurs par eux-mêmes.
Et ce n’est pas tout : en prime, sept superbes collages de José Vandenbroucke et…gâteau sur le gâteau, une recette d’Anne Letoré pour fabriquer soixante UbuSpeculoos.
[Forme du biscuit : sur un carton épais dessiner le contour du Père Ubu, couper cette forme qui servira d’emporte-pièce].
Le livre, tiré à 317 exemplaires numérotés, est d’une facture esthétiquement réussie, comme tous ceux publiés par l’Âne qui butine.
De la belle ouvrage donc, dans cette collection dont le nom, Amphisbène, porte en soi toutes les promesses d’une poésie énigmatique, proprement… ubuesque dont les clés se trouvent possiblement dans ces deux définitions :
- L'amphisbène est représenté avec la partie lumineuse ailée et la partie ténébreuse membrée (avec une paire de pattes écailleuses). Sa symbolique est celle de la victoire du Bien sur le Mal.
- L'amphisbène est un reptile fouisseur d'Amérique tropicale, dont la tête et la queue sont très ressemblantes et qui peut se déplacer dans les deux sens.
Patryck Froissart
Plateau Caillou, mardi 16 septembre 2025
19:26 Écrit par Patryck Froissart dans Les chroniques de Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) |
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31/07/2025
La mémoire délavée, Nathacha Appanah, par Patryck Froissart
La mémoire délavée, Nathacha Appanah (par Patryck Froissart)
La mémoire délavée, Nathacha Appanah, Mercure de France, collection Folio, 6 février 2025, 150 pages, 7,60 €
Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Mercure de France
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En ménage - A Vau-l'zau JK Huysmans, par Patryck Froissart
En ménage suivi de A vau-l’eau, J.K. Huysmans (par Patryck Froissart)
En ménage suivi de A vau-l’eau, J.K. Huysmans Folio Classique février 2025 519 p. 10 €
Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Folio (Gallimard)
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Lundi, ils nous aimeront, Najat El Hachmi, par Patryck Froissart
Lundi, ils nous aimeront, Najat El Hachmi (par Patryck Froissart)
Lundi, ils nous aimeront, Najat El Hachmi, Verdier (6 février 2025), Traduit du catalan par Dominique Blanc, 256 pages, 23 €
Edition: Verdier
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31/05/2025
Olympe de Gouges, Une femme dans la Révolution, Florence Lotterie, Elise Pavy-Guilbert (par Patryck Froissart)
Olympe de Gouges, Une femme dans la Révolution, Florence Lotterie, Elise Pavy-Guilbert (par Patryck Froissart)
Olympe de Gouges, Une femme dans la Révolution, Florence Lotterie, Elise Pavy-Guilbert, Flammarion, février 2025, 176 pages, 22 €
Edition: Flammarion
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