14/07/2016

Retour à Brooklyn

Titre: Retour à Brooklyn
Auteur: Hubert Selby Jr
Titre original: Requiem for a Dream
Traduit de l'américain par Daniel Mauroc
Editeur: Christian Bourgeois (1978)
Collection 10/18
ISBN: 2264006323
300 pages


Si le décor est le même, tout aussi sordide, que dans “Last Exit to Brooklyn”, les personnages de “Retour à Brooklyn” n'ont rien de la violence et du désespoir qui habitaient ceux du premier roman de Selby.
Près de quinze ans séparent la parution des deux oeuvres.

Harry est juif, Tyrone est noir.
Ils sont amis, inséparables, et vivent à la limite, à la marge, des territoires qu'occupent leurs communautés respectives.
Marion, fille de bourgeois juifs, plus ou moins artiste, rejetant la société de consommation, est venue se loger à Brooklyn.
Marion et Harry s'aiment d'un amour très pur, tout aussi pur que la livre de “pure” que Tyrone et Harry, revendeurs de cocaïne associés, rêvent d'avoir les moyens d'acheter un jour avec les gains de leurs ventes quotidiennes pour en tirer le gros bénéfice qui leur permette de se retirer du trafic et d'ouvrir un théâtre et une galerie de peinture où Marion pourra exposer ses dessins.

Sara, la mère d'Harry, veuve et pauvre, vit avec son réfrigérateur, où elle entasse les pralines et autres nourritures dont elle se gave et s'engraisse, et son poste de télévision que son fils vient lui dérober régulièrement pour le revendre afin de se procurer un peu de liquide quand les affaires marchent mal.
Un démarcheur d'une chaîne de télévision locale lui demande un jour par téléphone si elle accepterait de participer à une émission.

Harry, Marion et Tyrone d'une part, Sara d'autre part, s'enfoncent dans leur rêve, et, très vite, ne vivent plus que dans la perspective de le voir se réaliser.

Harry, Marion et Tyrone deviennent de véritables trafiquants, et, pour se doper, ponctionnent de plus en plus dans leur approvisionnement de drogue pour leur usage personnel, en s'affirmant chaque jour qu'ils s'arrêteront le jour qu'ils en auront envie.

Sara, convaincue qu'elle passera bientôt à la télévision, guette le facteur tous les jours, et entreprend des régimes de plus en plus sévères, jusqu'à tomber dans le piège de « pilules » amaigrissantes que lui vend un médecin véreux et dont elle ne peut bientôt plus se passer.

L'auteur nous fait assister à la lente dégradation de ces personnages poignants: les affaires marchent mal, Marion s'abandonne peu à peu à la prostitution pour approvisionner Harry, la belle amitié entre Tyrone et Harry et le pur amour entre ce dernier et Marion se déchirent quand la drogue manque au point que le partage n'est plus supportable.
Le rêve télévisuel de Sara et sa volonté de maigrir tournent à l'obsession, et la mère d'Harry tombe dans les mains d'un psychiatre quitéléchargement.jpg, ayant besoin de patients pour alimenter son service, la fait interner et finit par la rendre folle.

Dans Last Exit to Brooklyn, l'absence de projet, de projection dans le futur, de rêve, d'espoir explique la violence et l'amoralité des personnages.
Dans Retour à Brooklyn, c'est l'espoir de la réalisation d'un rêve qui les détruit.

Dans les deux romans plane le spectre d'une inéluctable fatalité sociale...

Patryck Froissart
Plateau Caillou, le 18 avril 2009

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27/02/2013

Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers - Björn Larsson

Il y a ordinairement autant de distance entre le roman policier et la poésie qu’entre le jeune Werther et Hercule Poirot… bien qu’il existe des lecteurs prisant tout autant chacun de ces deux genres.

Björn Larsson a osé réunir dans un même livre poésie, crime, enquête policière, réflexions sur la poésie…


Lire la suite sur:


La Cause Littéraire

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25/12/2012

Patryck Froissart: recensions pour La Cause Littéraire

 

Mes critiques littéraires

 

Pour le magazine La Cause Littéraire (cliquer sur chaque titre pour accéder à la chronique correspondante):

 

Lila, de Goethe, édition bilingue, La Cause des Livres - 2013

 

Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers - Björn Larsson - Grasset 2013

 

J'ai fait l'amour avec la femme de dieu - Serge Gonat - Myriapode 2012

 

Histoire de son serviteur - Edouard Limonov - Flammarion 2012

 

La chambre de Jacob - Virginia Woolf - Gallimard 2012

 

Le Pont des Assassins – Arturo Perez-Reverte – Le Seuil 2012

 

Le poète russe préfère les grands nègres – Edouard Limonov - Flammarion

 

Le dictionnaire érotique de l'argot – Georges Lebouc – Editions de l'Avant-Propos

 

Homo erectus – Tonino Benacquista – Gallimard

 

Les 1001 conditions de l'amour – Farahad Zama – JC Lattès

 

La Ruinette – Philippe Tabary – Le Cherche-Midi

 

La dernière nuit de Claude Eatherly – Marc Durin-Valois – Plon

 

La jarre d'or – Raphaël Confiant – Gallimard

 

Mensonges d'été – Bernhard Schlink – Galimard

 

Le coursier de Valenciennes – Clélia Anfray – Gallimard

 

Une sainte fille – Franz Bartelt – Gallimard

 

Les bas-fonds du rêve – Juan Carlos Onetti – Gallimard

 

Assommons les pauvres – Shimona Sinha – Le Seuil

 

Grand-père avait un éléphant – Vaikom Muhammad Basheer – Zulma

 

Le ravin du chamelier – Ahmad Aboukhnegar – Actes Sud

 

Le talisman – Vaikom Muhammad Basheer – Zulma

 

L'aiguillon de la mort – Toshio Shimao – Ed. Philippe Picquier

 

Muss, suivi de: Le Grand Imbécile – Curzio Malaparte – Ed. La Table Ronde

 

 

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27/01/2012

La traversée des Monts Noirs (Serge Rezvani)

Titre: La traversée des Monts Noirs

Auteur: Serge Rezvani

Editeur: Les Belles Lettres 2011

ISBN: 978-2-251-44419-2

430 pages

 

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Voici un roman qui sort de l'ordinaire.

Faisant voler en éclats le cours narratif linéaire du roman traditionnel, l'auteur choisit une structure polyphonique dans laquelle le personnage narrateur, intradiégétique dirait Genette, quasiment immobile dans un espace clos, isolé, fantastique (les Monts Noirs), et dans un temps défini a priori (le temps d'un étrange symposium d'ornithologues), se trouve être le récepteur-réceptacle muet des fragments narratifs que lui livrent une demi-douzaine de protagonistes d'une histoire qu'ils ont vécue ensemble totalement ou par intermittences.

Le lecteur est invité à reconstituer ainsi peu à peu la linéarité du récit par la mise en relation des éléments que chacun lui confie tour à tour dans un désordre apparent, avec, inévitablement puisque chacun ignore ce que l'autre a révélé, des redites, des contradictions, des omissions, voire des mensonges.

 

A l'étrangeté de ce roman à plusieurs voix, dont le procédé rappelle Jacques le Fataliste (les références à Diderot étant d'ailleurs récurrentes ici) s'ajoute celle de la circularité thématique, exprimée par une incessante mise en parallèle des migrations régulières des oiseaux avec les voyages obsessionnels sur le thème de la fatalité du retour que racontent les personnages: itinéraires géographiques de la Pologne à Israël, d'Israël à la Russie; itinéraires historiques des pogroms de Pologne au massacre des Palestiniens; itinéraires passionnels par les retrouvailles répétées des uns et des autres dans des cercles fermés dont le centre est Fauvette, la femme du roman, en divers lieux du globes...

 

Chacun des lieux, chacun des actants, chacun des temps historiques de référence permet, en filigrane ou par la voix de l'un ou de l'autre, de poser des questions essentielles, voire existentielles, sur un certain nombre de problèmes contemporains et sur la façon dont les vivent les hommes et les femmes directement ou indirectement concernés. Est ainsi posée par exemple tout au long du livre la question insoluble de la propriété de la terre que les uns appellent Palestine, que les autres nomment Israël.

 

Retrouver son chemin au travers de ce kaléidoscope n'est pas chose aisée. L'aventure ici est à la fois dans le texte et dans le cours de la lecture. Le lecteur est contraint de construire l'histoire, de lui donner un sens. C'est un défi passionnant, que j'ai eu un plaisir immense à relever.

 

Patryck Froissart

St Paul, le 27/01/2012

10:13 Écrit par Patryck Froissart dans Les chroniques de Patryck Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |