29/09/2011

La Mise à Nu: extrait 1

Le maître, indisposé, rentré chez lui avant l’heure, avait surpris son épouse extraordinairement nue, l’espiègle, qui ne l’avait pas entendu revenir, en beau train de batifoler caracoler cabrioler cultorgnoler follement de la cave au grenier avec l'adjoint au maire Innocent Boelaert, en transe, breloques brinquebalantes, qui lui pinçait lui agrouliait lui mordouillait en salivant les fesses bondissantes comme les singes ont usage de le faire à celles des Patagonnes.

 

Vla qu’i queur à perte haleine,

Pour attraper sin minou,

A l' cour, même à l' bass' cuijeine.

Et au guernier, tout partout1

 

Lorsque le mâle régulier, sorti brusquement de la soupente où il s’était un temps dissimulé pour apprécier la situation et se chauffer la bile, eut eu intempestivement interrompu la chevauchoire en chambre de l'échevin échevelé éperonnant l'écervelée qui fort arrutéliant s'était toute offerte au montoir, le barbichu avait précipitamment dissimulé sa courte pointe sous un couvre-lit qui ne lui appartenait pas, et s’était lâchement esquivé par la fenêtre vers la maison voisine, où sa propre (en un sens seulement, car elle était réputée très économe de savon) épouse vertueuse et verruqueuse, portant triple casaque boutonnée jusqu’au collet, avait été fort ébaubie d’abord, terriblement outrée ensuite, de le voir débarquer en cet équipage de marchand de tapis incompatible avec l'édilité.

 

Durant l’orageuse altercation née de la certitude que venaient de lui saillir du front, comme de celui d'Actéon, deux énormes andouillers, le nouveau cornupède avait serré fort fort le col désirable et délicatement potelé de la maîtresse du logis et du voisin.

 

J pélerina longtemps, en sortant de l’école, jusqu’à la rue Dervaux, s’attarda devant les grilles vertes de la maison, aux volets obstinément fermés, de son institueur,2 et scruta, renifla, écarquilla des yeux prêts à tout voir, quêtant dans l’atmosphère étrange qui envahissait la cour avec les queues de rat quelque fantomatique silhouette blanche, gracieuse et nue, jouant à loup ou à colin-maillard avec un diablotin aux pieds fourchus, à la barbichette incivile et aux « rognons qui berloquotent » (expression arthurienne), éléments qu'il assimilerait bientôt aux attribucules de l’Hermès de Praxitèle pensivement observés dans le Petit Larousse d'Arthur cruciverbiste.

 

L’homme avait pouvoir de mort sur soi et sur autrui! La révélation fut brutale, mais J s’en accommoda vite: il n’en perdit pas l’appétit, ce en quoi il ne différa pas de ses congénères.

1 Le voilà qui court à perdre haleine/Pour attraper son minou/Dehors, et dans la petite cuisine/Et au grenier, et tout partout

2 sic

16:39 Écrit par Patryck Froissart dans Biobibliographie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

04/09/2011

La Mise à Nu: la critique de Christophe Vallée

Que dire en tournant la page 562 de La Mise à Nu si ce n'est qu'on vient de lire un superbe ouvrage baroque, un fleuve profond de fantaisies musicales ayant la puissance d'une symphonie?

C'est en effet un véritable fleuve palimpseste avec une composition qui rappelle celle de Céline, de Joyce, des premiers Le Clézio, de Géants, ou de La Guerre, avec un art de la citation qui vient toujours en contrepoint par rapport au texte. Les références à la fois à la littérature du Moyen Âge, de la Renaissance, du XIXe siècle, et les clins d'oeil à Diderot, à Froissart bien évidemment, à Lautréamont, au Roman Inachevé d'Aragon et à tant d'autres, entrelacés dans le texte donnent à celui-ci une puissance, une force bien supérieure aux Femmes de Sollers auquel on pourrait le comparer (évidemment à l'avantage de Patryck Froissart puisque Sollers n'a fait que copier les Anglais). Ceci sans compter l'humour, et un travail sur la langue que l'on n'a plus l'habitude de voir depuis bien longtemps. Je suis stupéfait que Patryck Froissart n'ait pas trouvé une maison d'édition «normale», mais ça ne m'étonne pas puisque mon deuxième roman de quelques centaines de pages n'a lui-même pas trouvé preneur... Ce qui fait que j'ai renoncé pour le moment à le publier.

La Mise à Nu est un véritable tableau historique mais en même temps un voyage initiatique à la Michel Leiris avec une construction éclatée dont la structure permet la réunification, un mélange de style narratif classique, de romans américains des années 20, de baroque mais aussi de ce pointillisme qu'on trouve dans le Nouveau Roman et de références à la poésie de nombreux poètes, Aragon, Baillif, Mallarmé... Tout cela s'inscrit dans un tissu métaphorique permettant aux citations de ne pas alourdir le texte. Les références historiques étant pleines d'humour n'obèrent pas ce récit initiatique et donnent à l'ensemble une «fiction de réalité» qui autorise une lecture plurielle du roman en multipliant les points de vue.

Bref! Félicitations pour ce superbe ouvrage : mon édition indique que cet ouvrage a fait l'objet d'une première publication dans mon petit éditeur en 2011 : est-ce déjà la deuxième édition ?

Encore bravo!

Christophe Vallée

Philosophe, romancier

Publications de Christophe Vallée:

- Surface et profondeur (essai philosophique)

- Apparence et réalité (essai philosophique)

- Le Crépuscule de l'Aube (roman)

 

15:25 Écrit par Patryck Froissart dans Biobibliographie | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |