27/01/2012

La traversée des Monts Noirs (Serge Rezvani)

Titre: La traversée des Monts Noirs

Auteur: Serge Rezvani

Editeur: Les Belles Lettres 2011

ISBN: 978-2-251-44419-2

430 pages

 

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Voici un roman qui sort de l'ordinaire.

Faisant voler en éclats le cours narratif linéaire du roman traditionnel, l'auteur choisit une structure polyphonique dans laquelle le personnage narrateur, intradiégétique dirait Genette, quasiment immobile dans un espace clos, isolé, fantastique (les Monts Noirs), et dans un temps défini a priori (le temps d'un étrange symposium d'ornithologues), se trouve être le récepteur-réceptacle muet des fragments narratifs que lui livrent une demi-douzaine de protagonistes d'une histoire qu'ils ont vécue ensemble totalement ou par intermittences.

Le lecteur est invité à reconstituer ainsi peu à peu la linéarité du récit par la mise en relation des éléments que chacun lui confie tour à tour dans un désordre apparent, avec, inévitablement puisque chacun ignore ce que l'autre a révélé, des redites, des contradictions, des omissions, voire des mensonges.

 

A l'étrangeté de ce roman à plusieurs voix, dont le procédé rappelle Jacques le Fataliste (les références à Diderot étant d'ailleurs récurrentes ici) s'ajoute celle de la circularité thématique, exprimée par une incessante mise en parallèle des migrations régulières des oiseaux avec les voyages obsessionnels sur le thème de la fatalité du retour que racontent les personnages: itinéraires géographiques de la Pologne à Israël, d'Israël à la Russie; itinéraires historiques des pogroms de Pologne au massacre des Palestiniens; itinéraires passionnels par les retrouvailles répétées des uns et des autres dans des cercles fermés dont le centre est Fauvette, la femme du roman, en divers lieux du globes...

 

Chacun des lieux, chacun des actants, chacun des temps historiques de référence permet, en filigrane ou par la voix de l'un ou de l'autre, de poser des questions essentielles, voire existentielles, sur un certain nombre de problèmes contemporains et sur la façon dont les vivent les hommes et les femmes directement ou indirectement concernés. Est ainsi posée par exemple tout au long du livre la question insoluble de la propriété de la terre que les uns appellent Palestine, que les autres nomment Israël.

 

Retrouver son chemin au travers de ce kaléidoscope n'est pas chose aisée. L'aventure ici est à la fois dans le texte et dans le cours de la lecture. Le lecteur est contraint de construire l'histoire, de lui donner un sens. C'est un défi passionnant, que j'ai eu un plaisir immense à relever.

 

Patryck Froissart

St Paul, le 27/01/2012

10:13 Écrit par Patryck Froissart dans Les chroniques de Patryck Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

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