22/02/2021

Li Ann ou Le Tropique des Chimères, roman tragi-comique de Patryck Froissart par Catherine Dutigny

Li Ann ou le Tropique des chimères, Patryck Froissart (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa 20.01.21 dans La Une LivresCritiquesLes LivresRomanEditions Maurice Nadeau

Li Ann ou le Tropique des chimères, janvier 2021, 204 pages, 19 €

Ecrivain(s): Patryck Froissart Edition: Editions Maurice Nadeau

Li Ann ou le Tropique des chimères, Patryck Froissart (par Catherine Dutigny)

 

Un coup de foudre et trois enterrements

Jean Martin, dit Le Borain (comprendre qu’il est né dans le Borinage, contrée minière franco-belge), proviseur d’un lycée polyvalent de l’archipel des Allobroges (comprendre que dans ces îles tropicales, parfaitement imaginaires, les habitants(es) vouent un culte immodéré à la liberté, à l’instar de l’hymne éponyme des Savoyards), prépare la rentrée scolaire dans l’effervescence d’une structure administrative débordée par la multiplication des tâches, leur complexification, le tout à personnel constant. Aussi est-ce avec un immense soupir de soulagement que Jean Martin, dit Le Borain, obtient une notification d’autorisation de recrutement dans le cadre d’un Contrat Emploi Jeune. Reste à trouver le bon candidat, ou pour entrer dans le vif du sujet, sans pour autant le (la) déflorer, la bonne candidate.

Une simple photo sur un curriculum vitae, celui d’une certaine Li Ann Chen Wong, très jeune, très jolie et un peu nunuche, va faire la différence à la grande surprise et sournoise méfiance de Jacqueline Adrians, son assistante, qui pourvue « d’une plastique propre à rallumer la flamme d’un nonagénaire des plus cacochymes » déploie la gamme complète de la séduction féminine pour l’assujettir et le traîner en épousailles, non sans avoir obtenu de son « provisoire » qu’il se séparât au préalable de sa concubine Michelle, femme vénale, flanquée de deux filles pies-grièches.

Un coup de foudre sur papier glacé qui va chambouler la vie du proviseur bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Non content de cumuler les imbroglios affectifs et le plus souvent puissamment érotiques, Jean Martin dit le Borain doit affronter la mésentente de ses deux adjoints, Lucas et Simone, cette dernière ayant la faculté de se mettre à dos l’ensemble de l’établissement scolaire dans sa volonté de tout vouloir régenter sans la moindre considération pour le travail de ses collègues.

Quant à Li Ann, surprise d’avoir obtenu le poste aussi facilement, elle ne ménage pas ses efforts pour satisfaire en tous points la confiance accordée par Le Borain, et ce en dépit des sarcasmes d’un « frère » ou prétendu tel, subitement jaloux des attentions dont elle fait l’objet.

La déconvenue, la jalousie, la haine, l’abus d’alcool et de substances illicites vont pousser un quatuor infernal à comploter et échafauder des plans pour se débarrasser de l’importune jeune femme aussi candide qu’affriolante. À moins que le sort et la bêtise des conjurés n’en décident autrement… D’où peut-être, mais il faudra pour en être certain attendre le dénouement du roman, les trois énigmatiques enterrements qui ponctuent le récit.

Dans un milieu professionnel qu’il connaît à la perfection et dont il s’amuse à brocarder les multiples travers, Patryck Froissart mène de main de maître un récit polyphonique d’une drôlerie extrême. Il jongle avec ses personnages et met à profit la structure de son récit pour narrer un même événement selon des points de vue différents. Sous sa plume qui voltige d’un style parfois précieux, souvent soutenu, à des propos pour le moins triviaux, se succèdent alors des scènes cocasses, où chaque détail est revu et relaté selon la perception que chacun en a. Démonstration littéraire parfaitement aboutie et burlesque de la fragilité du témoignage humain et galerie de portraits peints à la manière pittoresque d’un Lucien de Samosate.

Amoureux et joueur des mots, il enrichit sans cesse son texte par des emprunts savoureux à des dialectes régionaux, ressort de l’oubli des adjectifs rares, joue de l’allitération, « Michelle était par coïncidence en violent train de me chevaucher cavalièrement à cru sur la moquette à crins », et des assonances, invente à foison des tournures de phrases que Frédéric Dard n’aurait pas boudées, « Je savais bien que le prurit de s’y enfouir jusqu’aux rouflaquettes lui torréfiait le plexus », ne recule devant aucun zeugme, « il a brassé du papier, du vent, du temps, du rêve », pour séduire son lectorat.

Un feu d’artifice quasi permanent, une profusion de traits d’esprit qui loin de lasser, apportent du rythme, déclenchent un éclat de rire au détour d’une phrase alors même que le tragique pointe le bout de son museau. Sans doute le summum du divertissement est-il atteint dans les dialogues entre le lettré Jean Martin (le double fantasmé de l’écrivain, semble-t-il) et Li Ann, l’empotée aux notions sémantiques limitées qui enchaîne les « Ben oui » et les « Ben non », les « super-génial ! », confond la fonction phatique du langage, avec la « fonction phallique ou fatigue du langage » et pour qui Jules Ferry, devenu Georges entre-temps, est assimilé au moyen de transport le plus usité pour gagner l’Angleterre.

Si le désir, la séduction, le libertinage sont les ressorts principaux de l’intrigue, on sait gré à l’auteur d’avoir mis de l’élégance, de l’humour et de la légèreté dans son intrigue érotico-sentimentale, d’avoir su éviter le graveleux, le scabreux, d’avoir puissamment évoqué plutôt que décrit, d’avoir fustigé l’hypocrisie et la vénalité sans tomber dans un registre moraliste. Et si parfois on se noie un peu dans les sous-vêtements affriandants de ses héroïnes, il faut avouer, sans rougir, qu’il est bon et revigorant de le faire dans la soie et la dentelle. On rit à gorge déployée, et c’est infiniment plaisant.

 

Catherine Dutigny

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis Proviseur à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Valenciennes, il a collaboré à maintes revues de poésie, et a reçu en 1971 le Prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

00:59 Écrit par Patryck Froissart dans Critiques de mes livres, Mes ouvrages publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : intrigue, séduction, trahison, folie, meurtre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

29/01/2021

Li Ann ou Le Tropique des Chimères, roman tragi-comique de Patryck Froissart

Li Ann ou Le Tropique des chimères

En librairie le 21 janvier 2021

S’inscrivant dans une trame réaliste, celle de la vie quotidienne d’un grand lycée dans un archipel tropical fictionnel, se déroulent les péripéties d’un récit polyphonique dramatisant, un chassé-croisé tragi-comique de séduction, dont le proviseur Jean Martin est le personnage pivot.

Exploitant la rivalité entre ses adjoints, l’acariâtre Simone et le débonnaire Lucas, Martin, tenu pour autoritaire dans l’exercice de sa fonction, est un être veule dans l’intimité, manipulé et exploité par sa concubine Michelle et ses deux filles d’une part, soumis au machiavélisme amoureux de son assistante Jacqueline, femme libérée, d’autre part.

C’est dans l’écheveau de cet imbroglio théâtral plein d’humour, où se disputent jeux de mots et crocs en langue, que surgit Li Ann, jeune contractuelle, qui, personnage initialement insignifiant d’apparence candide, accède progressivement à un rôle de premier plan.

Né en 1947 à Condé sur l’Escaut, dans le Borinage, région franco-belge minière située entre Valenciennes et Mons, Patryck Froissart, est entré à l’Éducation Nationale en 1966 dans l’académie de Lille. Il a enseigné successivement dans le Nord, au Maroc, dans le Cantal, à La Réunion, à Narbonne et à Mayotte, avant d’occuper des postes de direction dans des collèges et des lycées de La Réunion et de Maurice et d’effectuer des missions de coopération éducative au Cameroun, en Oman, en Mauritanie, au Rwanda, en Côte d’Ivoire. Écrivain, poète, il chronique régulièrement dans le magazine La Cause littéraire.

 

EN SAVOIR PLUS...

 

Un article de Serge Cabrol dans Encres vagabondes (25 janvier 2021) Extraits :

" (...) Ce roman est intéressant par une construction en forme de spirale. Chaque protagoniste, y compris un narrateur, prend la parole à son tour pour relater et compléter le déroulement des événements. On suit ainsi cette histoire à partir de différents points de vue. (...)

Suspense et rebondissements, grandes colères et scènes torrides, séduction et jalousie, machiavélisme et fausse pudeur, les chapitres s’enchaînent avec vivacité, dans une alternance de points de vue, vers une fin dont on sait dès les premières pages qu’elle ne sera pas heureuse pour tous.
En cette période où les déplacements sont rationnés, voici une occasion inespérée de passer quelques heures sur une île lointaine où le soleil n’est pas le seul à faire monter la température ambiante. La rentrée est chaude au lycée polyvalent Antonin Artaud de l’archipel français des Allobroges et ce n’est que le début…"

Lire l'article dans son intégralité : https://encres-vagabondes.com/magazine7/froissart.htm

 

Un article de Catherine Dutigny dans La Cause littéraire (21 janvier 2021)

" Un feu d’artifice quasi permanent, une profusion de traits d’esprit qui loin de lasser, apportent du rythme, déclenchent un éclat de rire au détour d’une phrase alors même que le tragique pointe le bout de son museau. Sans doute le summum du divertissement est-il atteint dans les dialogues entre le lettré Jean Martin (le double fantasmé de l’écrivain, semble-t-il) et Li Ann, l’empotée aux notions sémantiques limitées qui enchaîne les « Ben oui » et les « Ben non », les « super-génial ! », confond la fonction phatique du langage, avec la « fonction phallique ou fatigue du langage» et pour qui Jules Ferry, devenu Georges entre-temps, est assimilé au moyen de transport le plus usité pour gagner l’Angleterre.

Si le désir, la séduction, le libertinage sont les ressorts principaux de l’intrigue, on sait gré à l’auteur d’avoir mis de l’élégance, de l’humour et de la légèreté dans son intrigue érotico-sentimentale, d’avoir su éviter le graveleux, le scabreux, d’avoir puissamment évoqué plutôt que décrit, d’avoir fustigé l’hypocrisie et la vénalité sans tomber dans un registre moraliste. Et si parfois on se noie un peu dans les sous-vêtements affriandants de ses héroïnes, il faut avouer, sans rougir, qu’il est bon et revigorant de le faire dans la soie et la dentelle. On rit à gorge déployée, et c’est infiniment plaisant."

Lire l'article dans son intégralité : http://www.lacauselitteraire.fr/li-ann-ou-le-tropique-des...

 

Li-Ann-ou-le-tropique-des-chimeres.jpg

23:19 Écrit par Patryck Froissart dans Biobibliographie, Mes ouvrages publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

15/12/2020

L'occulte poussée du désir Tome 2 Le buisson ardent Patryck Froissart

Le buisson ardent

Roman de Patryck Froissart

Lien vers la librairie en ligne: ici

Deuxième partie de la saga intitulée L'occulte montée du désir, ce volume couvre la période turbulente, tourmentée, trouble, jalonnée d'épisodes licencieux, de l'adolescence du personnage jusqu'à son entrée dans "la vie active" suivie, juste après les événements de mai 68, de son départ vers l'Afrique où se poursuivra son odyssée sentimentale, ponctuée de nouvelles amours tumultueuses et d'aventures libertines, racontée dans un troisième volume (La More dans l'âme, Editions Ipagination).

T2 L'occulte montée du désir broché.jpg

00:21 Écrit par Patryck Froissart dans Biobibliographie, Mes ouvrages publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erotisme, passion, roman social, initiation, soumission, domination | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |