25/08/2017

L'aiguillon de la mort, Shimao Toschio

L'aiguillon de la mort, Toshio Shimao

L’aiguillon de la mort, trad. japonais par Elisabeth Suetsugu, 2012, 641 p.

Ecrivain(s): Shimao Toshio Edition: Editions Philippe Picquier

L'aiguillon de la mort, Toshio Shimao

Recension publiée initialement dans le magazine La Cause Littéraire, sous ce lien ICI

Toshio, écrivain, mène une double vie tranquille, organisée, avec d’une part Miho, son épouse depuis dix ans, et ses deux enfants Shinichi et Maya, avec d’autre part sa maîtresse, désignée tout au long du récit par le syntagme « la femme », depuis à peu près autant de temps.

Tout se passe bien jusqu’au jour où Miho lui annonce, brutalement, qu’elle sait tout.

Ce roman autobiographique commence à ce moment précis : Toshio, auteur-narrateur, est mis par Miho en face de soi au cours d’un interminable et virulent interrogatoire sur les détails les plus intimes de son adultère et sur les raisons pour lesquelles il a éprouvé pendant tant d’années le besoin de fréquenter « la femme ».

Pendant trois jours, sans répit, Miho questionne, veut savoir, tout savoir, le contraint à raconter, compter, expliquer, s’expliquer, s’accuser, s’excuser.

Toshio s’étant engagé à rompre et à ne plus jamais rien cacher, la tempête s’apaise et la vie de la famille semble reprendre son cours.

Mais Miho ne se contente pas de ce premier déballage. Bientôt elle revient à la charge, veut tout réentendre, exige des précisions sur tel point, des développements sur tel autre. Que lui a-t-il caché ? Qu’a-t-il omis ? Sur quel détail a-t-il menti ? Pourquoi a-t-il fait ceci ou cela avec « la femme », qu’il n’a jamais fait avec son épouse ?

A partir de là, les crises se répètent, le couple se déchire devant les enfants désemparés.

Dès lors Toshio découvre en Miho, qu’il aime et ne veut pas perdre, avec angoisse, puis avec épouvante, puis avec une fascination croissante, une personne nouvelle, un être parallèle, en souffance permanente, qui se complaît à le harceler, à l’épier, à contrôler ses moindres gestes, à guetter dans chacune de ses expressions, de ses paroles, de ses pensées, tout ce qui pourrait être en relation avec « la femme ».

Les disputes se multiplient ; le soupçon chez Miho, le sentiment de culpabilité chez Toshio deviennent obsessionnels. Mari et femme ne se quittent plus d’une minute, délaissent les enfants, alternent la haine et l’amour.

Chacun nourrit sa folie de celle de l’autre.

Le couple ne s’accorde bientôt plus que sur un point : ce n’est plus vivable.

Alors époinçonné par « l’aiguillon de la mort », chacun, à tour de rôle, menace de tuer l’autre, annonce son suicide, s’exécute, est retenu ou sauvé in extremis par l’autre, ou par le fils, Schinichi.

Les scènes, obsédantes, récurrentes, avec des variantes, montent en intensité, en violence, entraînent le couple et le lecteur vers une issue qui paraît, page après page, toujours plus inéluctable.

Ce tourbillon dévastateur affecte peu à peu tous les domaines de la vie quotidienne : Toshio a de plus en plus de peine à écrire (ce qui pose un intéressant problème littéraire puisque c’est Toshio qui écrit que Toshio n’écrit plus), les commandes des éditeurs se raréfient, la situation matérielle se détériore, les relations sociales se dégradent, la famille s’isole, s’enferme dans une succession continue de cris, de coups, de faux départs, de menaces de meurtre, de suicides avortés, d’examens médico-psychiatriques.

Sans esprit sain, point de corps sain : Miho maigrit, dépérit ; les enfants, mal nourris, mal soignés, pris à témoin, ballottés de ci de là au hasard des crises, vont mal.

Le lecteur, pris dans ce sordide engrenage, suit pendant une année cette hallucinante descente aux enfers, et se demande quel sera le terme de la chute : qui des deux réussira son suicide, qui des deux tuera l’autre, qui des deux finira à l’asile.

 

Patryck Froissart

23:38 Écrit par Patryck Froissart dans Les chroniques de Patryck Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

Biographie de Patryck Froissart

 

Patryck Froissart

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Membre de la Société des Gens De Lettres (SGDL)

Membre de la Société des Poètes et Artistes de France (SPAF)

Membre de l'Association des Ecrivains de Langue Française (ADELF)

 

Né en 1947 à Condé sur l’Escaut, dans le Borinage, région franco-belge minière située entre Valenciennes et Mons.

 

Entre à l'Education Nationale dans l’académie de Lille, pour enseigner le français, le latin et l’allemand au CEG de garçons d’Escaudain.

 

Enseigne le français  au Maroc, à El Menzel, à Ahermoumou et à Essaouira de 1968 à 1975

 

De 1975 à 1977: directeur d'école dans le Cantal

 

De 1977 à 1981: Ecole normale de St Denis (Réunion)

 

De 1981 à 1983: professeur de français et d'histoire au collège Bernica (Réunion)

 

En 1983/84, il enseigne la littérature au Lycée Docteur Lacroix à Narbonne

 

De 1984 à 1986, professeur de lettres au lycée de Mamoudzou et formateur d'instituteurs au Cours Normal (Mayotte)

 

De 1986 à 1988, Inspecteur Départemental dans l’académie de Lille

 

De 1988 à 1991, professeur de français au Collège Bernica (St Paul), chargé de mission académique pour la promotion de la lecture au collège

 

1990: admissible à l’agrégation de Lettres Modernes

 

1991: admis au Concours de Recrutement des Personnels de Direction des Collèges et Lycées

 

De 1992 à 2007: principal adjoint au Collège de La Chaloupe (St Leu, Réunion), puis proviseur au Tampon, à La Saline-les-Hauts, à l'île Maurice, à St Benoît

 

En 2011: formateur de professeurs de français niveau lycée au Cameroun (Ecole française de Limbé)

 

En 2012: officier civil chargé de cours dans l'armée royale du sultanat d'Oman

 

Membre d’AGIR (Association Générale des Intervenants Retraités)

Membre de la SGDL (Société Générale des Gens de Lettres)

Membre de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France)

Membre de l'ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française)

 

 

Bibliographie:

 

L'Eloge de l'Apocalypse (recueil de poèmes) en 2003

L'Eloge de l'Opaque Ellipse (proême de 180 pages) en 2005

La Mise à Nu, roman, en 2011

La Déferlante, nouvelle, en 2012 (dans La Dernière Vague, Ed. Ipagination)

La Mystification, conte poétique en 2012

Feux follets, nouvelle, en 2013 (dans Fantômes, Ed. Ipagination)

Les bienheureux, nouvelles, en 2013 (Ed. Ipagination) - Prix spécial du recueil de nouvelles 2014 (Ecrivains de Fondcombe)

Franck Mességué, le champion idéaliste au goulag démocratique, biographie, 2014 (Ebook)

La divine mascarade, poèmes pour une déconstipation mentale, Editions iPagination, janvier 2015

Le feu d'Orphée, conte poétique, Editions iPagination, septembre 2016. Troisième Prix Wilfrid Lucas de poésie décerné en juillet 2017 par la Société des Poètes et Artistes de France

La More dans l'âme, roman, Editions iPagination, février 2018

Frères sans le savoir, histoire vécue, Amazon, mars 2018

 

A apporté une toute petite pierre à l'édifice littéraire de:

 

Cri de cœur, essai, de Kris Valaydon, juin 2014 (La Sentinelle, Maurice)

L'amante interdite, roman, de Christophe Vallée, Editions iPagination, novembre 2014

Découvrir l'hindouisme, de Soomant Callikan (Editions Ipagination, 2017)

 

A collaboré humblement à l’ouvrage:

 

Particularités lexicales du français réunionnais, 1984 (Michel Carayol)

 

Publie des commentaires littéraires et des textes personnels, en particulier poétiques, sur divers sites.

Directeur de publication, et conseiller en poésie pour Ipagination Editions Nouvelles.

Rédacteur régulier pour La Cause Littéraire.

Rédacteur occasionnel pour Reflets du Temps, Critiques Libres, et autres magazines littéraires.

 

14:05 Écrit par Patryck Froissart dans Biobibliographie | Lien permanent | Commentaires (4) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

10/06/2017

Louise lit Le feu d'Orphée de Patryck Froissart sur C8

Louise lit Le feu d'Orphée de Patryck Froissart sur C8 TV

 


 

09:27 Écrit par Patryck Froissart dans Mes ouvrages publiés, Multimédia | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

10/09/2016

Le feu d'Orphée, conte de Patryck Froissart

Le feu d'Orphée
Editions Ipagination

passion, folie, rapts, fugues, enlèvements, Patryck Froissart, Le feu d'Orphée, enfer, viol

Note de l'éditeur:

De publication en publication, Patryck Froissart saute allègrement du roman à la nouvelle, de la prose à la poésie, du conte fantastique au récit réaliste.

Dans Le feu d'Orphée, notre auteur alterne et file en un même ouvrage, sur un thème unique et obsédant, des textes de forme poétique, des récits d'apparence prosaïque, des contes du genre fantastique constituant autant d'épisodes successifs du combat surnaturel que mène le personnage contre le dieu solaire qui lui ravit régulièrement la femme idole.

A chacun des enlèvements, des fugues et des disparitions de son icone, le héros de cette quête sans fin se lance à sa recherche dans les contrées les plus éparses, réelles ou imaginaires, mêlant rêve et vécu, délires et souvenirs, traversant les siècles, réincarnant l'idéale en une succession de personnages féminins, recréant leur idylle, toujours éphémère, dans les mythes les plus exotiques et dans les cultures les plus diverses.

Le voyage hallucinant d'un personnage que dynamisent, paradoxalement, le rapt et l'intermittence de l'aimée...

 

22:13 Écrit par Patryck Froissart dans Mes ouvrages publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |

16/07/2016

Le potentiel érotique de ma femme - David Foenkinos

La chronique de Patryck Froissart

Auteur: David Foenkinos

Coffret de 3 romans publiés chez Gallimard dans la collection Folio:

Le potentiel érotique de ma femme - Folio n° 4248 – Gallimard, 2004 – 179 pages – ISBN 978-2-07-030977-1
La délicatesse - Folio n° 5177 - Gallimard, 2009 – 210 pages – ISBN 978-2-07-044025-2
Nos séparations, Folio n° 5425 – Gallimard, 2008 – 218 pages – ISBN 978-2-07-044744-2

Lorsqu'un lecteur découvre un écrivain sur un ensemble de trois volumes qu'il lit d'affilée avec un plaisir qui ne faiblit pas jusqu'à la dernière ligne du troisième, on peut afirmer, indéniablement, qu'une immédiate et permanente empathie s'est installée entre eux.

Pourquoi? Comment? Quelle est la recette ?

Foenkinos est un romancier malicieux, qui vous entourloupe dans ses histoires dont l'originalité tient au fait qu'elles se fondent à la fois, paradoxe habile, sur l'imbrication d'une série de faits courants marquant la vie quotidienne du couple et de situations des plus inattendues accompagnées de réflexions et commentaires des plus surprenants (au sens propre de l'adjectif) frôlant parfois l'ubuesque le plus débridé.

Ainsi, quand le présumé cocu s'interroge sur le cinq à sept de son épouse:

"Dans le mensonge et dans la vérité, les femmes sont fascinantes. Brigitte avait donc des courses à faire et puis, en fin d'après-midi, de cinq heures à sept heures, elle verrait son frère. [Son frère] avait bon dos: qu'est-ce qu'elle pouvait faire avec lui un samedi après-midi? Non, ce n'était pas possible, personne ne voyait son frère ce jour-là. Les frères, ça se voit surtout le mardi midi. Alors le sang d'Hector fit plusieurs tours (au passage, il battait déjà le dicton). Il entrait de plein fouet dans le sursaut de dignité que tout cocu connaît bien..." (Le potentiel érotique de ma femme).

Foenkinos est un romancier impertinent, qui vous détourne sans cesse du courant de l'intrigue vers les méandres adjacents de la pensée faussement naïve d'un narrateur et vous y enfile avec une créativité débordante des perles époustouflantes ayant des airs de brèves de comptoirs.

Ainsi la scène classique de la première rencontre, que l'auteur situe, évidemment, banalement dans la rue:

"Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue. C'est toujours délicat un homme qui aborde une femme [...] Quand un homme vient voir une inconnue, c'est pour lui dire de jolies choses. Existe-t-il, ce kamikaze masculin qui arrêterait une femme pour asséner: «Comment faites-vous pour porter ces chaussures? Vos orteils sont comme dans un goulag. C'est une honte, vous êtes la Staline de vos pieds!» Qui pourrait dire ça?" (La délicatesse).

Ou la relation de cette autre rencontre, à laquelle repense le narrateur, qui s'est produite quelque temps avant, au cours d'une soirée, évidemment, vulgairement, dans une cuisine, dans un cercle d'invités ne se connaissant pas où il a eu le coup de foudre pour une des filles lui faisant face:

"J'ai pensé: la prochaine fois que je tombe amoureux, je prends aussi le numéro de la fille d'à côté (on ne sait jamais: je suis peut-être destiné à ne rencontrer que les femmes qui sont juste à côté des femmes de ma vie)" (Nos séparations)

Peut-on ne pas s'ébaubir à découvrir ces notes de bas de page, illustration drôle de la relation que feint d'entretenir l'auteur avec ses personnages, comme si... ceux-ci n'étaient pas ses propres créatures?

1- C'est étrange de s'appeler Alice et de travailler dans une pharmacie. En général, les Alice travaillent dans des librairies ou des agences de voyages.
2- A ce stade, on peut s'interroger: s'appelait-elle vraiment Alice? (La délicatesse)

Foenkinos est, définitivement, le romancier des comparaisons incongrues, des rapprochements d'hurluberlu, des « comme si » qui vous décontenancent, vous désarçonnent et vous éberluent, vous laissent un instant perplexe, bouche bée, sourcils froncés, avant qu'une subite et irrépressible bouffée de rire ne manque de vous faire sauter le livre des mains, comme si... avait jailli de la page brusquement l'auteur déguisé en trublion soufflant tous azimuts dans une trompette... comme si...

" Ah, non, désolée, je ne peux pas. Je vais au théâtre! dit Nathalie comme si elle annonçait la naissance d'un enfant vert." (La délicatesse).

"Il arrivait fréquemment que je prenne en charge nos ébats, et j'aimais alors tenir sa nuque comme s'il s'agissait de son coeur" (Nos séparations).

"Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité" (La délicatesse).

Ne nous y trompons pas pourtant! Sous l'apparente absurdité de telle réplique, sous l'immédiate irrationalité de telle intrusion, sous le burlesque affiché de telle association d'idées coule un flux constant de tendresse, de détresse, de lucidité qui irrigue la narration et lui donne cette puissante tonalité tragi-comique qui est celle, fondamentalement, de toute relation amoureuse.

Car Foenkinos est le romancier du pire et du meilleur de la vie de couple.

"Nous sommes allés chez Ikea, et nous nous sommes disputés chez Ikea. Dans ce grand magasin, ils devraient embaucher un conseiller conjugal. Car s'il existe un endroit où le cœur des couples se révèle, c'est bien là." (Nos séparations).

Un plein coffret de « délicatesses » littéraires à offrir...

Patryck Froissart, Rivière Noire, 09/09/12téléchargement (1).jpg

12:42 Écrit par Patryck Froissart dans Les chroniques de Patryck Froissart | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | |  Imprimer | Pin it! |